L’Orient à travers l’art du XIXe siècle

par JB Mathieu, publié par M. HERY

Notre visite de l’exposition permanente du musée d’Orsay regroupant les œuvres inspirées par le monde oriental nous a permis de découvrir, ou bien, redécouvrir cette région. Centrée sur l’engouement européen pour un Orient à plusieurs connotations : terre sainte pour certain, symbole de désirs interdits pour d’autres. Elle fut une occasion pour nous de comprendre l’intérêt sans limite qu’éprouvaient les populations, les peintres et les écrivains de l’époqueet à l’égard de l’Orient et enfin, d’imaginer ce qu’il éveillait vraiment dans tous les esprits.

Les passions pour ces lieux se sont développées entre le courant romantique et celui du néo-classicisme. L’Orient est alors associé au « romantisme suprême » : il est éternel et contemporain à la fois. Cela rappelle la façon dont on qualifiait la capitale de l’Empire Romain, perçut comme le plus puissant symbole de l’Antiquité, comme si l’Orient était le reflet d’une Rome antique. Parmi ces admirateurs on trouve Eugène Delacroix, premier artiste à s’y rendre, sous un contexte diplomatique. On trouve plusieurs points de vue et parmi les plus surprenants d’entre eux, celui de Jean-Auguste-Dominique Ingres qui s’est révélé être un orientaliste imaginaire qui fonda toutes ses images et ses œuvres sur son fantasme, sans jamais y poser les pieds. On découvre enfin un point de vue au penchant hispanique avec Henri Regnault qui confirma au cours de ces voyages que l’on peut parler de culture arabo-andalouse. Il prouve que ces deux cultures sont, de par leur histoire commune et leurs couleurs chatoyantes, étroitement liées.
L’Orient fait rêver le XIXe siècle. Il est l’exotisme, il est l’inconnu qui fait tourner les têtes. On lui associe des odeurs de jasmin et de fleur d’oranger dans un texte d’Eugène Fromentin, des étoffes de velours, de soie et de cachemire dans les tableaux d’Antonio Fabrès. On l’associe surtout au fantasme du harem. Un fantasme aveuglant et très présent, représentant la femme idéale et un corps sans tabou. De nombreuses personnes viennent retrouver leurs désirs dans cette région du monde, à l’époque où l’Occident et ses sociétés ont publiquement, encore besoin de pudeur.
Sous un contexte plus religieux, il faut rappeler que l’Orient abrite la Terre Sainte : berceau de trois grandes religions (chronologiquement le Judaïsme, le Christianisme puis l’Islam). Son univers regorge donc également de références bibliques. Pèlerins avant la Mecque de Léon Belly est un des tableaux du musée en possédant le plus. Il symbolise ce message de tolérance par la cohabitation des trois religions du Livre.
L’Orient est pour le XIXe siècle une réalité polyvalente. Chacun le perçoit selon ses principes et ses envies. Là-bas, le regard artistique s’oppose au regard politique. Les diplomates y trouvent la réussite, en référence à « L’Egypto-mania » introduite par Napoléon Bonaparte qui fit lui-même entreprendre de nombreuses expéditions politiques comme scientifiques au travers de l’Afrique du Nord... Les artistes permettent quant à eux de s’évader. Les Français voyageant peu à cette époque, ce furent les textes et les tableaux qui leur offrirent ce privilège de voyager indirectement. C’est d’ailleurs en France qu’est publié pour la première fois en dehors de ses terres d’origines le conte des 1001 nuits (tout de même censuré). Comme dans ses histoires, l’orientalisme est souvent associé au mirage, à l’apparition du désir ou de la sainteté. Chaque esprit pensant en tirera un souvenir, un paysage, des couleurs ou bien des senteurs qui continuent d’inspirer, du défilé oriental d’Yves Saint-Laurent jusqu’à nos arts actuels.

Noémie P. (2nde 8)